Creer un blog
Créer mon blog .mi-blog.net
Blogs Web

Une bibliotheque

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

samedi 13 septembre 2008

Passage en début d'automne

 

" Deux phrases, une vie". Tel sera le titre de mon prochain ouvrage.

La première: Jusqu' à vingt ans, ma vie n'avait besoin d'aucune phrase.

La suite: Depuis, en voici deux qui ne me quittent plus: "Accepter et lutter"  "Et Job meurt vieux, comblé de jours".

Ces deux seules phrases qui ne sont pas des remparts hantent et bornent, ouvrent et explorent, mon quotidien.

Frontières, rivages, ressac.

Ainsi commence la narration."

Extrait de "Deux phrases, une vie" de Marie Louvain-Bronstein; ed. Costiere (2008)


samedi 28 juin 2008

Passage en début d'été

Il suffit d'entrer. Pas de décision à prendre. Entrer dans cette grande librairie et se laisser emporter à la dérive des présentoirs. C'est progressif. D'un intérêt léger, survol des titres, couvertures colorées, à un intérêt curieux, puis, soutenu, exploratoire, passionné. A genoux derrière la table du fond pour découvrir une trentaine d'ouvrages posés sur la tranche d'une collection des "grands" textes philosphiques ou spitiruels, de différentes civilisations. Poursuivre dans les romans étrangers, Amérique du Sud, Inde, Chine, USA, Russie; passer par les romans français, tous trop décorés de prix multiples, poursuivre dans les policiers; feuilleter, sourire, à la poésie; s'insurger à certains titres de philosophie, s'énerver -seule- de ne pas trouver "La Divine comédie" dans une sélection de textes pour un jeune public; poursuivre par l'histoire de l'art, et celle des sciences.

Une heure et demie plus tard, se retrouver face à la caisse avec un unique livre entre les mains - pour combien de renoncements - sourire aux lèvres et regard perdu en une bien réelle sensation de n'être, plus de ce monde, mais de celui-là. Là et ailleurs, des mots, des phrases, des continents, des images effilochées, cotoyée de myriades d'auteurs, d'idées, une bibliothèque dans la tête.

Crédit photo Jef Maion (Evening sun rays in Forest - Finland)

jeudi 1 mai 2008

Nouvelles acquisitions

 Acquisitions de printemps dans ma bibliothèque.

Stone Junction de Jim Dodge (Le Cherche Midi, 2008), roman déjanté, initiatique, subversif; croisant parfois Faulkner, Emmerson et Whitman; doté d'une fin qui n'est pas à la hauteur, mais je lui pardone.

Carnets du grand chemin et Lettrines 2 de Julien Gracq (José Corti 1992, 1974).

L'entière collection (six volumes) de Horatio Hornblower de C.S Forester (nrf Gallimard, de 1950 à 1964), héritage de mon père, lus pendant l'enfance ("un aspirant de la Royal Navy devenu héros de légende"). Mers du Sud et du Nord. Batailles navales. Hommes d'honneur.

Les Aveux, Saint Augustin, nouvelle traduction des Confessions par Frédéric Boyer (P.O.L, 2007). Une merveille qui démontre, s'il le fallait, la qualité et la place du traducteur dans la littérature.

"(...) Si le passé et le futur sont, je veux savoir où ils sont. Je n'en suis peut-être pas encore capable, mais je sais déjà que, où qu'ils soient, ils n'y sont pas comme futur et passé mais comme présent(...)". Saint Augustin

vendredi 21 mars 2008

Nous partageons un fantôme

Nous partageons un fantôme Monsieur Orsenna. Sans doute ne devrais-je pas dire "partager", ce n'est n'est pas le bon mot, ça ne lui plairaît pas. Avoir un fantôme en commun, mais cela vous le saviez.

A peine ai-je eu connaissance de la sortie de votre livre que je suis allée le chercher, sachant vers quoi j'allais. Moi qui, depuis deux ans ai choisi cette terre qu'elle aimait, où nous nous retrouvions. Terre qui est la mienne, où j'ai laissé mon père, lui aussi militaire, emporté par cette même maladie. Savez-vous ce qui c'est passé la première fois que je suis allée la voir (après l'avoir laissée en un bord de mer ensolleillé, éblouissant, où elle m'a pris dans ses bras "pleure, ma grande, pleure", me serrant, si fort, face aux passants qui se retournaient); je cherchais le chemin de l'endroit où elle est restée et, pourquoi, je ne sais, impossible de retrouver le nom de ce village que je connais.

Je pensais à elle, tout le temps, et puis, à un feu rouge, quelque part dans Brest, une camionette blanche s'est arrêtée devant moi, sur l'arrière on pouvait lire quelque chose comme: "Jardinier paysagiste à..." l'endroit où elle est. Je garde l'image d'un fond blanc, lettres peintes. Alors, j'ai souri, et j'ai pleuré aussi et je me suis rendue là-bas. Arrivée sur place,je ne savais pas où elle était. J'ai fermé les yeux, marché, et...je l'ai trouvé tout de suite. Il pleuvait, j'ai déposé deux petites fleurs des champs. Une pour elle, et une pour moi. Je sais, c'est bête. C'est pour l'amitié.

Maintenant que je suis ici tout le temps, je viens m'assoir prés d'elle, de temps en temps. Je m'assure aussi d'être seule. Je lui parle, je lui demande son avis, comme nous le faisions. Que son sourire et sa voix me manquent. Et ses yeux. Et ses questions. Elle m'accompagne souvent.

Pour d'autres raisons, comme vous, j'ai poursuivi l'univers des fantômes. A moi aussi, la mort m'a pris l'être que j'aimais. Et me l'a rendu. Et cela, c'est terrible. Car elle s'est servie au passage. Elle a gardé pour plus tard, sans doute, une partie de ses souvenirs (les plus beaux, les nôtres), une partie de lui-même qui n'est plus là. Savez-vous ce que c'est que de côtoyer un vivant et d'espérer son fantôme? A moi aussi, on a parlé de deuil. Je sais tout cela. Mais le présent est là. Alors, comme vous, j'ai parcouru des univers entiers pour tenter de savoir où passent les fantômes. Vous avez trouvé la "promesse" (si belle) et, ce faisant, m'avez fait comprendre quelque chose. Moi, je scrute l'intervalle. C'est ce que j'ai trouvé, et que je continue d'explorer. Comme un lien, entre ce qui est, et, ce qui n'est plus. Une possibilité de transcendance, peut-être. Juste, une possibilité. J'ai lu moi aussi de nombreux ouvrages de physique (et de physique quantique), écouté des conférences, interrogé des spécialistes. J'ai lu tout ce qui touche au Temps. Je lis toujours.

Je voulais juste vous dire cela. Vous remercier. Vous dire, si vous le voulez bien, que j'irai lui parler de votre beau livre.Que j'irai regarder ce paysage qu'elle aimait tant et dont elle me disait que, pour elle, c'était le plus beau au monde.

"La chanson de Charles Quint", Erik Orsenna, roman Stock (2008)

lundi 17 mars 2008

Jeu

Et si les titres des billets formaient maintenant des têtes de chapitre, que raconteraient-ils?

I. Scruter l'intervalle

Ou le personnage principal nous est présenté comme un homme occupé à "scruter" ("examiner avec une grande attention pour découvrir ce qui est caché"). Une investigation, peut-être une quête?

II. Concours

A peine posé, le dit personnage dévoile un ego rose bonbon en une action, festive ou concurentielle, c'est selon, qui consiste à concourir au milieu de ses semblables, alors qu'il n'est ni un lévrier afghan (bel animal), ni même un cheval au galop, juste, il doute, lit et écrit. Va-t-il être détourné de sa quête?

III. Un chant

Nocturne. Celui du plaisir peut-être. De ces voix intérieures et profondes, chaotiques et oublieuses. Notre personnage n'en est pas moins homme. Il s'offre une aventure (quel joli nom). Si toutes pouvaient être ainsi. S'aventurer vers l'autre. Courir un risque.

IV. Contemplatif

Ou la morale est sauve et le personnage se retire quelque temps de la scène du monde (c'est ce qu'il dit). Contempler, autre action du regard. Mais un pronom personnel guette l'isolement et pourrait tout transformer: se; se contempler n'est jamais loin ("se regarder longuement avec plaisir").

V. Silence

Ne rien dire ici du personnage serait par trop simple. Silence est un mot aimé. Un mot évocateur. Un mot violent aussi. Ce mot qui surgit avec l'horreur, l'effroyable, la douleur, la sidération. Mais un mot à l'écoute.

VI. Mémoire

Voici un choix incontournable. Que faire sans elle? (et que faire avec elle?) Le personnage est hanté par le fait qu'il puisse la perdre. Oublier l'être aimé, jusque dans ces moindres faits et gestes. Ne pas reconnaître un visage. Etre dans la confusion du temps, sans plus savoir quel jour, quelle année, quelqu'un. Et elle - sa mémoire - oublie pour mieux se souvenir (ainsi fonctionne-t-elle), vagabonde dans son être, de son enfance à son futur. Le personnage attend-t-il l'avènement d'un moment où sa mémoire sera consignée, au fur et à mesure, sur les grands disques du Web? Il y déposera ce qu'il est, et ceux qui s'en occuperont auront alors acquis un pouvoir sans précédent dans l'histoire de l'humanité. Bien plus grand que celui des copistes ou des détenteurs des premiers écrits. Un pouvoir sur l'intime.

VII. Une autre vie

Face à ce soupçon d'anticipation, le personnage est saisi d'effroi et aspire au changement, à la transformation. Il explore ces autres vies devant lui disposées, mais hésite à endosser le costume.

VIII. La vitesse de l'ombre

Le rattrape alors. Il se souvient (enfin) qu'il convient de garder une part de secret. Que l'illumination intégrale est dangereuse, éblouissante. Que tout objet, toute personne, et peut-être aussi, toute idée, produit des ombres. Des ombres dansantes et incertaines, nécessaires. Et puis (tiens, pourquoi?), une nostalgie soudaine de l'ombre de Peter Pan.

IX. Jeu

Qui a le mot de la fin, comme il se doit, et se retrouve en tête de l'histoire, bien évidemment.

Illustration "Beautiful warm morning light on sea and mountains" (Lyngen-Norway) avec l'aimable autorisation du photographe Jef Maion.

 

 

- page 1 de 5